La Rationalité limitée et l’Intelligence Artificielle

En informatique, un bit est l’unité de base de l’information, pouvant prendre l’une des deux valeurs binaires : 0 ou 1.

Toutefois, toute information, qu’elle soit textuelle, visuelle, sonore ou autre, peut être quantifiée en bits en dehors de l’informatique en utilisant des techniques de codage et de compression adaptées : ce n’est rien de plus qu’une unité de mesure de l’information.

Ainsi, il a été démontré que les sens humains recueillent environ 11 millions de bits par seconde de l’environnement, mais l’esprit conscient semble être capable de ne traiter qu’environ 50 bits par seconde.

Cela est visible dans des activités comme la lecture, où un rythme typique de 300 mots par minute se traduit par environ 50 bits par seconde.

En revanche, les ordinateurs modernes peuvent traiter des milliards, voire des trillions de bits par seconde, dépassant de loin le taux de traitement conscient humain.

La différence entre la quantité d’informations transmises au cerveau (11 millions de bits par seconde) et la quantité traitée consciemment (50 bits par seconde) suggère qu’une énorme quantité de compression et de traitement inconscient se produit dans le cerveau.

Je te vois !

D’un autre côté, Herbert Simon, Nobel d’économie en 1978 a proposé sa théorie de la « Rationalité limitée », dans celle-ci, il suggère que la capacité de décision d’un individu est altérée par un ensemble de contraintes comme le manque d’information (on retrouve les limites du cerveau humain), des biais cognitifs ou encore le manque de temps. Dans cette optique, les décideurs ont tendance à choisir des solutions satisfaisantes plutôt qu’optimales.

Cette théorie s’oppose clairement à la théorie du choix rationnel, qui postule l’acteur économique est pleinement rationnel concernant la situation envisagée.

Cependant, au lieu d’opposer les ordinateurs aux cerveaux humains, la rationalité limitée suggère que le développement des outils informatiques a permis de surpasser les limites humaines en termes de stockage et de traitement de l’information, un clin d’œil direct à l’émergence de l’intelligence artificielle, qui bénéficie de la capacité de traitement des ordinateurs, tout en simulant un raisonnement humain.

L’effet placebo et l’iatroplacebogenèse

« Par la parole j’ai plus de réussite dans les soins aux malades que mon frère par les drogues ».

Ces paroles sont attribuées à Gorgias, professeur à Athènes du jeune étudiant Hippocrate, il y’a 2500 ans.

Elles montrent que ce qu’on appellera plus tard l’effet placebo semble déjà exister dans l’antiquité grecque.

Un placebo est un procédé thérapeutique n’ayant pas d’efficacité propre ou spécifique, mais agissant sur le patient par des mécanismes psychologiques et physiologiques. Il existe diverses formes de placebo (médicamenteuses, physiques, chirurgicales, etc.)

Ainsi, l’effet placebo correspond au résultat psycho-physiologique positif (bénéfique) constaté après l’administration d’une substance ou la réalisation d’un acte thérapeutique, indépendamment de l’efficacité intrinsèque attendue du traitement. En général, cet effet est de l’ordre de 30 % et pourrait atteindre 60-70 % dans les migraines ou les dépressions.

Ce dernier peut être produit de différentes manières : par des substances inertes, par une intervention chirurgicale fictive et même par de fausses informations.

Plus intéressant encore, l’impact de la sympathie du médecin sur l’intensité de l’effet placebo a été étudié et documenté dans plusieurs recherches.

Ces études mettent en lumière comment les interactions entre le médecin et le patient peuvent influencer amplifier l’effet placebo, même en l’absence d’une intervention médicamenteuse active : l’attitude et la personnalité du médecin ainsi que ses compétences, son charisme, sa conviction, son pouvoir de suggestion, imprègnent tout traitement d’un effet placebo.

On parle d’« effet médecin », suscité également en consacrant du temps au patient, avec sollicitude, écoute active, empathie, et un discours rassurant.

En revanche, si le médecin est froid et distant, on aura l’effet inverse. L’effet placebo sera inefficace, mais augmentera également le stress chez le patient.

À titre d’exemple, une étude a démontré que lorsque des soignants appliquaient de l’histamine sur l’avant-bras des patients tout en manifestant de l’empathie, les patients rapportaient moins de démangeaisons et de rougeurs comparativement à un groupe témoin traité sans marque particulière d’empathie.

L’effet résultant de l’attitude psychosociale du médecin a été introduit en 1970, le Dr Shapiro sous le nom de « iatroplacebogenèse« 

Myéline, succès et concentration

Dans le livre Deep Work, l’auteur Cal Newport insiste sur l’importance et les effets de la concentration profonde lorsqu’on effectue un travail, il fait un lien direct entre les gens à succès et leurs capacités de concentration.

Il mentionne également que cette concentration a un lien avec notre cerveau, plus particulièrement la Myéline.

Contrairement à mon ancienne croyance, la myéline ne correspond pas à la protéine du miel ! C’est en revanche une substance blanche qui entoure les axones des neurones, formant une gaine isolante.

La myéline est composée de lipides et de protéines, et joue un rôle crucial dans la protection des fibres nerveuses ainsi que dans la transmission rapide et efficace des impulsions électriques le long des neurones.

La myéline est produite par deux types de cellules différentes dans le système nerveux : oligodendrocytes (système nerveux central) et par les cellules de Schwann (système nerveux périphérique).

Mais comment affecte-t-elle notre capacité de concentration et notre réussite qui en résulte ?

La myéline accélère la transmission des signaux nerveux en isolant les axones et en permettant une conduction « saltatoire », ce qui signifie que les signaux « sautent » d’un nœud à l’autre, augmentant ainsi la vitesse de propagation jusqu’à 100 mètres par seconde. Cette rapidité est essentielle pour les fonctions cérébrales complexes, y compris la concentration et la réactivité cognitive.

Ainsi, une myélinisation (présence suffisante de myéline) adéquate assure que les signaux nerveux sont transmis rapidement et efficacement, réduisant le bruit de fond et améliorant la clarté des signaux. Cela peut aider à maintenir l’attention et à réduire les distractions, ce qui est crucial pour la concentration. De plus, la myéline aide à maintenir l’intégrité des signaux sur de longues distances dans le cerveau, ce qui est vital pour les fonctions cognitives complexes nécessitant une coordination entre différentes régions du cerveau.

Mais plus encore, l’apprentissage de nouvelles compétences peut stimuler la formation de nouvelle myéline dans les régions du cerveau impliquées dans ces tâches : l’apprentissage d’un morceau de guitare peut entraîner une augmentation de la myélinisation dans les zones du cerveau associées à la pratique musicale. Cette augmentation de la myélinisation peut améliorer la vitesse et l’efficacité de la transmission des signaux dans ces circuits, facilitant ainsi une réponse plus rapide et plus coordonnée et les gains acquis en pratiquant la musique peuvent être transférés vers une autre activité sollicitant les mêmes zones du cerveau.