La réalisabilité multiple et l’intelligence artificielle

Déjà évoquée dans « Le problème corps-esprit« , la philosophie de l’esprit se propose d’étudier la nature de l’esprit ainsi que sa relation avec le monde physique. Elle vise à comprendre la nature des phénomènes mentaux, non pas directement sur des bases empiriques, mais principalement par le biais d’une analyse des concepts mentaux.

De plus, la réalisabilité multiple, est la thèse selon laquelle la même propriété mentale peut être mise en œuvre par différentes propriétés physiques : L’état mental de « souffrir » provoque de la douleur, cette dernière est corrélée à différents états physiques du système nerveux dans différents organismes, mais les organismes expérimentent tous le même état mental.

Par analogie, les états mentaux d’un être humain peuvent être réalisés par différents états physiques chez différents individus.

Enfin, le computationnalisme est une théorie issue de la philosophie de l’esprit qui, pour des raisons méthodologiques, conçoit l’esprit comme un système de traitement de l’information et compare la pensée à un calcul : penser c’est appliquer un système de règles.

A gauche, une représentation du computationnalisme, à droite un réseaux de neurones artificiels, visant à simuler les règles appliquées à droite. (Source : Simply Artificial Intelligence)

Ainsi, en alliant la réalisabilité multiple au computationnalisme, on aboutit à ce qui suit :

  • La pensée humaine, y compris l’intelligence est le résultat d’une application d’un système de règles.
  • Ceci se traduit par un état mental : un état mental peut être représenté par différents états physiques
  • Une machine dite « intelligente » viserait à reproduire les états physiques d’un cerveau humain, suivant le principe de réalisabilité multiple.

Le biais du présent

Le biais présent est la tendance à se contenter d’une récompense actuelle plus petite plutôt que d’attendre une récompense future plus importante. Il décrit la tendance à « surévaluer » les récompenses immédiates, tout en accordant moins de valeur aux conséquences à long terme.
Ce dernier peut être utilisé comme mesure de la maîtrise de soi : plus on résiste au biais du présent, plus on se maîtrise.

La célèbre étude de Stanford, nommée « Stanford Marshmallow Experiment » menée en 1972 se présente comme suit :

Un marshmallow (une guimauve) est offert à chaque enfant. Si l’enfant résiste à l’envie de manger la guimauve, il en obtient par la suite deux autres en guise de récompense.

Après analyse des résultats, les scientifiques démontrent qu’une grande patience était synonyme de succès : plus grande est la maîtrise de soi (mesurée par la capacité de gratification différée, donc lutte contre le biais du présent), plus les chances de réussir sont grandes.

De même, certains modèles économiques utilisent le biais du présent pour expliquer la répartition (et donc l’inégalité) des richesses :

  • Si tout le monde était sujet au biais du présent, la répartition des richesses ne serait pas affectée.
  • Comme cela n’est pas le cas, les inégalités de richesse proviennent d’individus cohérents dans le temps qui bénéficient des décisions monétaires irrationnelles prises par leurs rivaux économiques soumis au biais du présent : je préfère consommer qu’économiser, ma consommation ira enrichir quelqu’un qui épargne.

Enfin, comme tous les biais, les connaitre permet de mieux s’en prémunir !

La Rose Bleue : rendre l’impossible possible

En biologie, on appelle pigment les substances naturelles qui communiquent une couleur aux organismes vivants.
Ainsi, la delphinidine est un composé organique, qui suite à une réaction enzymatique permet de constituer des pigments végétaux, allant du bleu au rouge.

Les rosiers ne produisent pas le pigment végétal à l’origine des vraies fleurs bleues, la delphinidine : c’est pour cela qu’il n’existe pas dans la nature de « vraie » rose bleue

Traditionnellement, les roses bleues ne pouvaient être obtenues que par la teinture de roses blanches. De prétendues « roses bleues » ont parfois été produites par les méthodes classiques d’hybridation, mais les fleurs obtenues, comme la Blue Moon, ont une couleur plus proche du lilas que du bleu.

A gauche les lilas, à droite la Blue Moon

C’est seulement en 2004, après 13 ans de recherche que la première vraie rose bleue fut produite en recourant à l’ingénierie génétique :

  • La séquence d’ADN de La Pensée sauvage (une autre fleur) codant la delphinidine responsable du pigment bleu a été introduite dans le rosier pour obtenir cette fois « naturellement » des roses bleues.
Elle est vraiment belle !

La rose bleue a une forte symbolique, traditionnellement, elle évoque le mystère, l’atteinte de l’impossible, la patience, l’espoir éternel

En effet, toute la beauté de la rose bleue réside dans sa symbolique : « rendre possible l’impossible », initialement inexistante dans la nature et de l’ordre du fantasme et de l’imaginaire, mais les avancées scientifiques ont permis de la voir exister.